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Equipe de recherche CRED
Cognitive Research and Enactive Design

Objectifs 2014-2017

NB : les lignes qui suivent ne visent pas à recenser de manière prescriptive et exhaustive l’ensemble des travaux et projets pouvant être menés au sein du CRED. Il s’agit seulement de dégager et de systématiser des lignes de force et des points de repère à partir desquels les travaux de chacun se conçoivent et se réalisent.

A) Sur un plan philosophique et théorique , on peut présenter au moins deux objectifs thématiques :

(A1) Continuer le développement d’une recherche technologique, car portant ici sur la technologie, dans le contexte d’une université de technologie [1] . La technologie est ici entendue dans un sens double : en tant que discours, et en tant qu’opérateur constitutif de l’expérience humaine.

Premièrement, la technologie comme désignant un discours voire une science sur les opérations, pratiques et systèmes techniques. Comprise dans ce sens, la techno-logie doit être étudiée historiquement : quand le projet de techno-logie apparaît-il, sous quelles formes, à partir de quels enjeux (économiques, politiques, industriels,…), quelle(s) compréhension(s) de la technique et de la science présuppose-t-il, quelles transformations connaît-il ? Mais ce projet de « discours sur la technique » doit aussi être pensé et problématisé par rapport au statut des SHS, a fortiori lorsqu’elles sont pratiquées et enseignées en universités d’ingénieur. Il convient alors de préciser les ambitions épistémologiques et le statut institutionnel d’une techno-logie en SHS, tout en développant ses rapports avec les autres disciplines travaillant dans et/ou sur le fait et le faire technique. La création, la formalisation et l’affinement d’outils conceptuels pour penser la technique (« transduction », « lock-in  », « dépendance du sentier (path dependence) », « couplage »,…) afin d’analyser les démarches et les situations d’invention et de production technologiques est ici un objectif central. Le projet-région HOMTECH (2014-2016), le GIS « Unité des technologies et des sciences de l’homme » et la formation pédagogique « Humanités et technologie » sont ici les moteurs ou les partenaires essentiels de cette recherche sur la technologie portée par le CRED. On mentionnera aussi les relations en construction entre la recherche théorique (et expérimentale) du CRED et le projet d’innovation E-PLAYS porté par Jean-Baptiste Guignard (enseignant-chercheur en linguistique au CRED), projet porteur à la fois d’enjeux technico-cognitifs et d’enjeux réflexifs sur le rôle des SHS dans les processus d’innovation.

Associer le concept de « technologie » à un discours sur la technique peut apparaître comme un geste singulier, là où notre époque déploie prioritairement ce concept en relation avec (1) certains types d’outils, de dispositifs ou d’artefacts (« les nouvelles technologies ») ; (2) des systèmes organisés d’outils, de dispositifs et d’artefacts ; et (3) les applications ou les résultats de la recherche scientifique. Le CRED pense aussi la technologie comme objet, mais en problématisant radicalement la pertinence et le sens de ces distinctions, et plus particulièrement les dualismes qu’elles présupposent (tekhnè/epistémè, pratique/théorie, techniques/usages, science pure/science appliquée…). Ce faisant, il s’agit, principalement à partir de la philosophie, de concevoir, de problématiser et de comprendre la nature et les effets des relations transductives entre les pratiques humaines et les régimes techniques (technoscience, technologie, technique, anthropotechnie,…). Reconfiguration du lien social, constitution de nouveaux collectifs, modification de nos pratiques cognitives, scientifiques, artistiques et ludiques, nouvelles formes de misères symboliques et psychologiques, démesures transhumanistes, paniques morales et juridiques,… : il ne s’agit pas de décrire ce que « la » technique nous ferait, mais d’interroger et d’éprouver philosophiquement ce qui est en train d’apparaître et de se faire dans nos rapports avec ces régimes techniques. Dispositifs numériques et démarches de numérisation, industries culturelles, technologies cognitives et systèmes de suppléance, automatisations du travail et de l’intellect, médecine de réparation et d’amélioration, nanotechnologies,… constituent ici des terrains d’étude, de problématisation (et parfois de conception) à partir d’un point de vue et de ressources philosophiques, qui sont d’abord fonction des compétences et des appétences de chacun, tout en étant évidemment discutées et mutuellement confrontées : phénoménologie (Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty, Lévinas, Derrida, Henry,…), herméneutique, théorie critique, études foucaldiennes et simondoniennes, pragmatisme et philosophie anglo-saxonne,… À côté des projets et des structures mentionnés plus haut (GIS UTSH, HOMTECH, HUTECH), il faut ici rappeler l’importance du projet-région TTH (« Technologie et traces de l’homme », 2013-2016) et de l’atelier mensuel de lecture de textes philosophiques dans le déploiement de cette recherche sur la technologie comme opérateur de constitution de l’expérience humaine.

Le deuxième objectif thématique de la recherche philosophique et théorique menée au CRED est le suivant :

(A2) Les modalités et les enjeux d’une entreprise de naturalisation de la cognition et des mécanismes la sous-tendant, à partir d’une posture énactive. Se voulant une alternative radicale par rapport aux théories et paradigme computationnels, l’énaction vise à définir l’expérience vécue et les activités cognitives comme ce qui advient au sein d’un couplage structurel entre un organisme vivant et son environnement, à partir de modalités sensori-motrices, sémiotiques, interactionnelles, mais aussi technique (sur ce dernier point, l’apport de PHITECO et du GSP a été et continue d’être historiquement déterminant). L’axe de travail se situe dans le développement de ce programme de recherche, sur les questions suivantes :

  • (A.2.1) Les conditions de constitution de l’expérience perceptive, tant dans ses dimensions actuelles que possibles, en évitant les impasses des solutions intellectualistes, représentationnalistes et internalistes, et en faisant appel à la technique à la fois comme moyen de recherche (travaux sur la suppléance perceptive) et comme opérateur de constitution de la spatialité et de ses reconfigurations contemporaines (téléprésence, accès visuel à distance, etc.), dont il faut aussi interroger les effets anthropologiques.
  • (A.2.2) Le rôle et la portée des dimensions sociales, techniques et linguistiques de la cognition pour la naturalisation de cette dernière. Le concept de « nature » présupposé par la majorité des naturalismes contemporains est bien souvent celui d’une nature mécanisée et inanimée, dépourvue d’attributs culturels, techniques et sociaux. La naturalité de la cognition humaine relèverait ainsi principalement de la dynamique du système nerveux, vu comme substrat central voire exclusif des processus cognitifs. Il s’agit de développer une version alternative de la naturalisation de la cognition, en soulignant les impasses des naturalismes classiques, mais aussi et surtout des conceptions de la cognition qui situent sa base et son origine dans une sensori-motricité étanche par rapport à la langue, à la socialité, et à l’artifice. Ce projet de naturalisation alternative permet ainsi de reconsidérer la question d’un éventuel « fossé dans l’explication » entre l’expérience cognitive, telle qu’elle est décrite en première personne, et cette (même ?) expérience lorsqu’elle est objectivée à partir d’une posture naturaliste. Il offre également la possibilité de reposer dans toute sa difficulté la question des relations entre la cognition et la langue, cette dernière ne pouvant être définie comme un appendice ou un instrument au service d’une cognition, d’un vouloir-dire ou d’un vouloir-communiquer déjà constitué.

À côté d’une production scientifique internationalement reconnue, la responsabilité du mineur PHITECO, l’organisation du séminaire annuel SC01, l’organisation ou la co-organisation d’événements ponctuels (colloque national des jeunes chercheurs en sciences cognitives, juin 2015) et la participation au comité de rédaction de la revue Intellectica continueront de constituer des éléments d’investissement notables du CRED sur ces thématiques.

B) Sur un plan expérimental , la recherche du CRED en psychologie cognitive continuera de poursuivre deux objectifs : un objectif thématique, et un objectif méthodologique.

  • (B1) Thématiquement, il s’agit de prolonger nos pratiques expérimentales sur la suppléance perceptive en étudiant les conditions et les effets de son déploiement dans des populations peu étudiées jusqu’à présent : sujets autistes et sujets sourds. Les conditions et les effets de l’usage de systèmes de suppléance perceptive sont ici des conditions et des effets cognitifs (orientation spatiale, mémorisation,…) mais aussi interactionnels (communication, collaboration, attention conjointe, micro-sociologie…). Parmi ces systèmes de suppléance perceptive, il faut inclure les systèmes d’écriture, permettant d’inscrire et de spatialiser la gestualité associée à la langue des signes, mais aussi de contribuer plus généralement à l’acquisition de compétences scripturales. Les dispositifs et les situations expérimentales ne sont pas nécessairement des dispositifs ou des situations mobilisant Tactos ou Intertact. Les projets DESCRIPT (2013-2016) et SPACEI (2014-2017) constituent ici un lieu central de réalisation de cet objectif.
  • (B2) Sur un plan méthodologique, l’objectif est de développer l’originalité et la puissance heuristique du minimalisme rendu possible par la conception contrôlée de dispositifs de suppléance perceptive d’un certain type. Cette méthode d’étude minimaliste, en plus d’être appliquée aux nouveaux champs mentionnés plus haut, continuera de structurer nos recherches expérimentales sur les conditions de constitution de l’expérience de la spatialité, de la tangibilité, de la rencontre d’autrui, de l’attention conjointe, ou des possibilités perceptives. Elle continuera donc d’être en relation de « co-respondance » (cf.méthode des répondants) avec les études philosophiques, épistémologiques et cognitives présentées plus haut. Comme annoncé plus haut, la recherche sur la technique au CRED est aussi une recherche par la technique. Il faut ici signaler l’investissement de certains membres du CRED dans l’axe transversal COSTECH « Care technologies », visant précisément à penser et à développer ensemble les enjeux d’accessibilité, les questions éthiques et les innovations techniques liés notamment aux dispositifs de suppléance perceptive.

C) Sur un plan technique , deux objectifs organisationnels (C1 et C3) et un objectif thématique (C2) :

  • (C1) Parvenir, d’une manière ou d’une autre (différentes options sont possibles), à sortir les logiciels, contenus et interfaces « Tactos » hors des murs de COSTECH . Le potentiel éducatif, communicationnel et ludique de ces dispositifs pour les publics non-voyants est avéré depuis longtemps, mais nous n’avons pas encore été en mesure de « franchir le pas » en élaborant ou en étant appuyés par une stratégie fiable de valorisation sous la forme d’une commercialisation ou d’une distribution. Différentes options sont envisageables : céder l’ensemble de nos réalisations à une entreprise (start-up,…) tout en faisant office de conseillers scientifiques, nouer des liens suffisamment concrets et forts avec une association afin de commercialiser et de distribuer ces réalisations en conservant un contrôle scientifique et organisationnel, ou bien tout simplement reconnaître que cette valorisation commerciale n’est pas un objectif de la recherche technologique menée dans le groupe.
  • (C2) Continuer de développer - tant au niveau des logiciels et des contenus qu’au niveau des interfaces - des systèmes de suppléance et d’interaction perceptives, afin de disposer de terrains expérimentaux pour nos recherches en psychologie et en sciences cognitives sur l’orientation spatiale, la communication, la gestualité, l’attention conjointe, l’appropriation d’outils, et la constitution de communautés. Un objectif particulièrement fondamental, ici, consiste à développer les systèmes de communication tactile par dispositifs mobiles (smartphones), et en particulier les interfaces et les systèmes logiciels associés. Les projets région DESCRIPT, SPACEI et CIME sont ici cruciaux, tant par leurs thématiques que par les forces humaines et matérielles qu’ils apportent au groupe. La conception des interfaces ne peut faire l’économie d’une considération et d’une réflexion sur l’expérience des usagers de ces interfaces, cette expérience étant habilitée et vraisemblablement transformée par la saisie, l’appropriation et le partage de ces interfaces. À côté du recours déjà effectif à des démarches d’analyse en première personne, comme l’entretien d’auto-explicitation, la réalisation de ce dernier objectif pourrait être conditionnée par une présence plus significative de la recherche en design au CRED. Ce sera le dernier objectif (en ordre de présentation, pas d’importance).
  • (C3) Expérimenter, durant au moins le semestre de printemps 2015, l’introduction du design – en tant que pratique disciplinaire – au sein du CRED. Il existe déjà des collaborations entre la recherche en design portée par Anne Guénand et le CRED : co-directions de thèses, co-direction du Master « UxD », collaborations dans des projets de recherche,… En raison des évolutions structurelles rencontrées par cette recherche à l’UTC, Anne Guénand a envisagé la possibilité d’intégrer COSTECH, et éventuellement le groupe CRED. Pour qu’un choix puisse être effectué de manière éclairée par les deux parties à partir d’une connaissance effective des pratiques disciplinaires de chacun et d’une construction commune d’un projet de travail, nous proposons qu’Anne – et sa recherche – intègre le CRED à titre expérimental sur une durée de six mois environ. Nous pourrons ainsi clarifier et éventuellement commencer à cultiver les enjeux de la recherche en design tels qu’ils seraient intégrés dans le CRED, en termes de questions, d’objets, de pratiques et éventuellement de collaborations avec d’autres structures de recherche à l’UTC.


[1Cette recherche est aussi en relation avec une activité de conception de technologies (cf.infra).

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