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Séminaire transversal

7 et 8 avril 2016

Le séminaire transversal du Costech est une rencontre annuelle de l’ensemble des membres du laboratoire Costech sur les travaux en cours (groupes, axes et projets). Les thématiques sont choisies en assemblée générale de laboratoire. L’organisation de chaque journée est confiée par le conseil de laboratoire à un-e ou des chercheurs du Costech. Responsables 2014-2016 du séminaire : Guillaume Carnino / CRED, Jérôme Valluy / EPIN, Michael Vicente / CRI.

7 avril 2016 : L’éthique dans la recherche et la conception technologiques


Organisateurs : Stéphane Crozat (EPIN), Célya Gruson Daniel (CRI), Xavier Guchet (CRED), Pascal Jollivet (CRI).
Lieu : UTC, PG 2, N104

Argumentaire : Ethical Design, Values in Design, Design for Values, Value-Based Design, Value Sensitive Design, Human-Centered Design, Participatory Design etc. : l’importance prise par l’éthique et le questionnement sur les valeurs dans la recherche et la conception technologiques a conduit ces vingt dernières années à un foisonnement de propositions méthodologiques nouvelles à l’échelle internationale. A rebours de certaines approches qui ont pu être jugées trop spéculatives, comme par exemple les approches ELSI (Ethical, Legal, Social Impacts), ces propositions se caractérisent entre autre par un net infléchissement pragmatiste de la réflexion éthique dans les milieux de la technologie, c’est-à-dire par la promotion de pratiques de l’éthique conçues non plus seulement comme des productions de discours mais aussi comme des interventions. Désormais, l’éthicien doit « accompagner » les processus de la recherche et de la conception technologiques ; il est amené à participer activement au « co-design » des choix techniques.

Le séminaire entend discuter cette situation, en en présentant un panorama général du point de vue de l’histoire de l’engineering ethics (C. Didier), en examinant les enjeux de l’éthique "by design" dans un domaine de la recherche et de la conception technologique qui touche tous les secteurs industriels : le numérique (F. Fischer), en décrivant une méthodologie en sciences sociales pour introduire les valeurs des usagers dans la recherche et la conception technologiques (C. Verchère), et enfin en examinant le « tournant éthique » des 20 dernières années en philosophie des techniques et la notion d’une « moralité intrinsèque » des artefacts (X. Guchet). Le séminaire se terminera par une table ronde qui sera l’occasion de faire une synthèse de la journée.

Les exposés dureront 40mn, ils seront suivis d’une discussion de 20mn. Il sera demandé à chaque intervenant(e) de communiquer deux ou trois articles sur le thème qu’elle/il traitera. Ces articles seront diffusés auprès des participants du séminaire, afin d’étayer les discussions.

Programme

- 10h15 : Introduction

- 10h30 : " Engineering ethics " - Christelle Didier, sociologie et sciences de l’éducation, Université Lille 3.

- 11h30 : "« L’agentivité morale » (moral agency) des artefacts techniques" - Xavier Guchet, philosophie des techniques, Costech-CRED, UTC.

Pause déjeuner (12h30-14h)

- 14h : "L’éthique "by design" dans le numérique" - Flora Fischer, philosophie des techniques, Costech, UTC.

- 15h : "L’apport de la sociologie à la recherche et à la conception technologiques" - Céline Verchère, CEA, Grenoble.

Pause

- 16h30 : Table ronde

- Fin du séminaire à 17h30

8 avril : Le contemporain - "singulière relation avec son propre temps" (Agamben)(1)


Organisateurs : Guillaume Carnino (CRED), Hugues Choplin (CRI), Jérôme Valluy (EPIN).
Lieu : UTC, PG 2, N104

Argumentaire :

1. « Celui qui appartient véritablement à son temps, le vrai contemporain, est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni d’adhère à ses prétentions, et se définit, en ce sens, comme inactuel ; mais précisément pour cette raison, précisément par cet écart et cet anachronisme, il est plus apte que les autres à percevoir et à saisir son temps.
[…] La contemporanéité est donc une singulière relation avec son propre temps, auquel on adhère tout en prenant ses distances ; elle est très précisément la relation au temps qui adhère à lui par le déphasage et l’anachronisme.
[…] Percevoir dans l’obscurité du présent cette lumière qui cherche à nous rejoindre et ne le peut pas, c’est cela, être contemporains.
[…] Cela signifie que le contemporain n’est pas seulement celui qui, en percevant l’obscurité du présent, en cerne l’inaccessible lumière ; il est aussi celui qui, par la division et l’interpolation du temps, est en mesure de le transformer et de le mettre en relation avec d’autres temps, de lire l’histoire d’une manière inédite, de la “citer” en fonction d’une nécessité qui ne doit absolument rien à son arbitraire, mais provient d’une exigence à laquelle il ne peut pas ne pas répondre. C’est comme si cette invisible lumière qu’est l’obscurité du présent projetait son ombre sur le passé tandis que celui-ci, frappé par ce faisceau d’ombre, acquérait la capacité de répondre aux ténèbres du moment. »(2)

2. Le contemporain, ce n’est donc pas seulement une réalité (qui serait contemporaine), comme lorsque l’on parle, par exemple, de capitalisme contemporain ou de milieux socio-techniques contemporains. Pour Agamben, le contemporain, c’est bien plutôt, d’abord, un rapport singulier entretenu avec cette réalité, rapport paradoxal à la fois d’adhésion et de déphasage, inséparable, de surcroît, d’une mise en relation originale avec d’autres temps, passés ou futurs.
Ajoutons-le : ce rapport paradoxal procède pour Agamben d’une insatisfaction mue par une volonté d’action et de changement (animée par des valeurs éthiques ou morales). On comprend alors pourquoi l’histoire(3) qualifie d’« époque contemporaine » l’ère (dans laquelle nous serions encore) qui s’ouvre avec la Révolution française. De ce point de vue, être contemporain, c’est prendre consciemment en main son destin politique et social, porté par une volonté collective de transformation du vivre ensemble(4) (inaugurée notamment par la mise à bas de la monarchie de droit divin). C’est également – à la même époque – faire advenir un nouveau mode de production fondé sur l’alliance de la science réflexive et de l’industrie raisonnée (la techno-logie donc). Le contemporain serait ainsi une ère marquée par la transformation volontaire et consciente des milieux et modes de vie, que ce soit socialement (i.e. politiquement) ou matériellement (i.e. industriellement).

3. Rapport à la fois d’adhésion et de déphasage, renouvelant notre lecture du temps à travers cette exigence de transformation de nos milieux et modes de vie : c’est le contemporain ainsi entendu et, tout particulièrement, la manière dont il peut engager des recherches technologiques - contemporaines ? - comme celles conduites dans Costech, que nous souhaiterions interroger dans cette journée d’études.
Dans cette perspective, on pourra en particulier s’attacher à traiter les questions suivantes :
- quelle conception du temps est à la fois impliquée et produite par ces recompositions d’ampleur du vécu social (des premiers jalons du temps scientifique et industriel linéaire jusqu’au phénomène d’accélération actuel)(5) ?
- quels sont les nœuds, tendances et potentialités de cette évolution technologique (des débuts de l’industrialisation aux dernières avancées du big data) ?
- ces premières questions se mêlent en une troisième interrogation : quelles attentes et/ou méfiances sont issues de cette conjoncture techno-temporelle spécifique ? Pour le dire autrement : des réserves critiques aux utopies optimistes véhiculées autour du numérique, y a-t-il un nouvel horizon eschatologique, industriel, politique, etc. arrimé à notre vécu contemporain ?

Notes :
1 - Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain ? Paris : Rivages, 2008, p. 11.
2 - Ibid., pp. 9-11, 24, 39-40.
3 - En France tout au moins.
4 - En tant que l’Ancien Régime (fondé sur les trois ordres) marquait la prédominance d’une perpétuation du pouvoir de droit divin, là où l’époque contemporaine aurait ouvert la voie à la libre disposition des peuples. Bien évidemment, cette opposition entre un âge où il n’existerait pas de conscience politique détachée du quotidien (marqué par les jacqueries et révoltes frumentaires, etc.) et l’avènement des préoccupations démocratiques est très relatif et a été largement nuancé et infirmé par de nombreux travaux d’historien (voir par exemple Jean Nicolas, La Rébellion française, 1661-1789. Paris : Gallimard, 2008).
5 - Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris : La Découverte, 2010.

Programme

- 9 h 30 : « La rupture industrielle : politique et nuisances à l’ère révolutionnaire (1789-1830) » - Thomas Le Roux (Ghren/Crh, EHESS/CNRS).

- 10 h 30 : « Contemporain, flèche du temps, science et progrès » , Guillaume Carnino (Costech-CRED, UTC).

- 11 h 30 : « Les ressources de la condition humaine face à la fabrication de l’homme superflu. Une lecture ricœurienne d’Hannah Arendt » - Aurore Mrejen, (Lcsp, Paris 7).

- 12 h 30 – 14 h : repas

- 14 h : « Ce que les formations à l’informatique nous disent du rapport à l’emploi. Les formations courtes à la fin des années 1960 et aujourd’hui » - Michaël Vicente (Costech-CRI, UTC).

- 15 h : « Cyberespace et transhumanisme : le cerveau comme nouvelle frontière au prisme des attentes techno-eschatologiques » - Cécilia Calheiros (CéSor, EHESS).

- 16 h : « “Refuser ce que nous sommes”. Le problème du contemporain, de Foucault à Costech » - Hugues Choplin (Costech-CRI, UTC).

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Les autres évènements

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24 et 25 mai 2012

à propos de ces activités


Le séminaire transversal du Costech est une rencontre annuelle de l’ensemble des membres du laboratoire, consacrée aux présentations de travaux en cours dans les groupes de recherche et/ou dans les axes transversaux et/ou dans les programmes de recherche. Durant une ou deux journées, chaque année, ces échanges scientifiques favorisent les synergies entre chercheurs et entre composantes ainsi que la (re)définition continue des projets scientifiques individuels et collectifs.

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